“In Western countries, you have the clock. We have the time” (Arabic proverb)

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6 p.m., Saturday 24 April. I’m walking along the tiny streets of the Medina, in Fes. One hour left before a collective talk, I have time for a haircut. From among the many barbershops along the streets, I choose one at random.

–          How much for a haircut?

–          Well, 20 or 30 dirhams?

–          You mean, 20 or 30 dirhams?

–          I don’t know, which do you prefer?

–          I guess the cheaper would be better.

–          OK, please come and sit down.

The vague barber is around 25 years old. His clients are young, with trendy, tecktonik hairstyles that contrast with the traditional Medina. Perched on a shelf, a TV shows a Spanish soccer match between Zaragoza and Madrid. All the eyes, including those of the barber, are focused upwards. When the ball approaches the goal, no noise, no breath, no haircut.

–          When do you think you will be starting with my hair? I ask.

–          Five minutes.

Five minutes later, the barber is still cutting the hair of the previous client—that is when he is not watching TV. But the match is interesting, the seats are comfortable, why should I complain? Another client brings me a mint tea ordered by the barber. Embarrassed, at first I refuse. I argue that I should be considered a client like the others. I’m told that I will offend my host if I don’t accept the gift. This discussion takes another five minutes.

The barber and I begin to chat. He knows Toulouse, the so-called « pink city » of France. His name is Ali and he’s proud to be a lifelong resident of Fes. With lazy scissors dangling over the head of his client, he describes the places I should visit. He makes one cut per minute. The word “productivity” would be lost on him. He talks about the mint tea. How is it? Do I like it? My Western habits surge and I ask when he will be finished. “Oh, five minutes,” he replies.

Now, he is shaving his client. In Fes, a barbershop is a real barbershop, hair and beard included. It is also a café for sports when goaaaal, Real Madrid leads 1-0. All the clients stand, Ali the maniac of the scissors ceases to be a barber for, well, five minutes. Those five minutes lead to another five minutes which lead to another five minutes which lead finally to half an hour and now it’s up to me.

–          Please, could you make it fast? I have a meeting soon.

–          Don’t worry, it will take only five minutes.

I have a curious feeling of deja vu. I suggest that Ali use clippers. I’m half bald, no need for scissors. He agrees and begins to clip away but after well, five minutes, he’s clutching again his dear scissors.

–          It’s OK for me, you made it perfect.

–          Give me another five minutes.

Ali is over-cautious. He seems to cut my hairs one by one, and I suspect that sometimes he cuts only air. I’m resolving to ask no more of him when a client enters the shop. They speak Arabic. Saved by the bell?

–          Too late, he is my last client.

I don’t believe it! He refuses a real client with real hair for me! What about business? I tell him I’m finished, I’m already late, but he insists. Not done yet. Goal for Zaragoza, 1-1. Five more minutes lost. Ali is for Real Madrid, so he cuts now with less enthusiasm. I believe it’s the perfect moment for my escape.

–          I have to go right now.

–          Give me five minutes please.

The roles seem reversed, it looks like I’m doing him a favor. After nearly an hour, I finally have my new haircut. Ali adds some pomade, delicately shapes my sideburns, shows me the results with his mirror, asks me ten times if I’m happy, takes up his scissors for a final retouch, On no give me five minutes for a very ultimate retouch following the ultimate retouch. I finally stand and pay him 50 dirhams. He gives me 30 dirhams in change.

–          Keep it all.

–          No. We said 20 dirhams, it must be 20 dirhams.

–          Stop that, I have to go.

–          Just give me five minutes, I owe you the change. Or maybe you want me to shave your beard in five minutes.

Damn it! We finally agree on 30 dirhams. I’m late for the talk, but when I arrive everyone admires my new haircut. I give you all the credit, Ali.

I will meet Ali again in the Medina on the last Tuesday before our departure for Casablanca. He insists on inviting me for a five-minute drink.

Editing by Jennifer Zoble 

 

 

« En Occident, vous avez l’heure. Nous avons le temps » (proverbe arabe)

Samedi, 18h, dans la médina de Fès écrasée par la chaleur. Les venelles remplies de passants étouffent l’atmosphère de la plus belle ville du plus beau pays du monde (à peu près). Pour être en harmonie (à peu près) avec tant de beauté, je décide de me faire couper les cheveux. J’ai tout mon temps avant une discussion collective prévue dans une heure. Beaucoup de salons de coiffure au mètre carré, j’ai l’embarras du choix. Ma décision est entre les mains du hasard.

–          Bonjour, combien pour une coupe ?

–          (Silence) 20 ou 30 dirhams.

–          Vous voulez dire 20 ou 30 dirhams ?

–          Comme vous voulez.

–          Disons que je préfère toujours l’option la moins onéreuse.

–          Alors va pour 20 dirhams.

Le coiffeur approximatif a environ 25 ans. Sa clientèle se compose de jeunes au look très occidental. Le style tecktonik a franchi la Méditerranée et tranche avec l’aspect médiéval de la médina. Perchée sur une étagère, un téléviseur diffuse les images du match de Liga opposant Saragosse au Real Madrid. Tous les regards, y compris ceux du coiffeur, convergent vers le haut. A chaque action, plus un bruit, plus une respiration. Plus de lames de ciseaux qui s’entrechoquent.

–          Quand pensez-vous commencer ma coupe ? Je demande.

–          Dans cinq minutes.

Cinq minutes plus tard, le coiffeur suspend toujours ses ciseaux au-dessus de la tête du client quand il ne regarde pas la télé. Le match est intéressant, les sièges sont confortables, que demande le peuple ? Un garçon dépêché par le coiffeur m’apporte du thé à la menthe. Embarrassé, je refuse, arguant que je suis un homme parmi les autres. Mon refus serait une offense, précise mon très diligent hôte lors d’un débat contradictoire de cinq minutes.

Nous bavardons. Il connaît Toulouse, « la ville rose » dit-il avec un accent à couper au couteau. Il s’appelle Ali, habite à Fès depuis toujours. Sans que je ne lui demande quoi que ce soit, il me décrit les lieux incontournables de la médina. Ses ciseaux sont de plus en plus fainéants. Un cheveu par minute, les subtilités capitalistes de la productivité semblent lui être  étrangères. Au contraire, il s’appesantit sur le thé à la menthe. L’ai-je aimé ? Mes mauvaises habitudes occidentales me rattrapent quand je m’enquiers du temps d’attente. « Oh cinq minutes » répond-il avec le même air dégagé tandis qu’il rase son client. Ici, les coiffeurs sont aussi barbiers, coupe et rasage inclus. Ce sont aussi des tenanciers de café des sports quand buuuut, le Real Madrid ouvre la marque. Les clients se lèvent et Ali le maniaque des ciseaux démissionne de son travail pour, tiens, cinq minutes qui se transforment en cinq autres minutes qui deviennent cinq autres minutes qui s’étirent en cinq autres minutes qui, finalement, métastasent en une demi-heure avant mon tour.

–          S’il vous plaît, pourriez-vous vous dépêcher ? J’ai un rendez-vous.

–          Pas de problème, ça prendra cinq minutes.

J’ai la nette impression d’avoir déjà entendu cette rengaine. Je lui suggère d’utiliser la tondeuse à cheveux. Je suis à moitié chauve, pas besoin de pinailler. Il dégaine la machine mais après, tiens, cinq minutes, il revient à ses très chers ciseaux.

–          OK, c’est parfait pour moi.

–          Donnez-moi encore cinq minutes.

Ali est hyper-précautionneux. Il semble couper mes cheveux un par un et je le soupçonne parfois de chercher à scinder les molécules de l’air ambiant. Je n’ose plus lui demander d’accélérer quand un client entre. Sauvé par le gong ?

–          Trop tard khouya, c’est mon dernier client.

Je n’arrive pas à y croire ! Il refuse un vrai client avec de vrais cheveux en dépit de toute logique. J’insiste sur mon retard mais il s’entête. But pour Saragosse qui égalise. Cinq nouvelles minutes perdues. Ali, supporter du Real, manie les ciseaux avec encore moins d’entrain. Le moment idéal pour tenter une échappée.

–          Je dois y aller sans tarder.

–          Cinq minutes s’il vous plaît.

Les rôles sont inversés. Maintenant, c’est moi qui semble lui rendre service. En un peu moins d’une heure, j’ai enfin ma nouvelle coupe de cheveux. Ali est passé par la case gomina (un litre), rasage de mes pattes (délicatement), miroir pour me montrer que pas un poil ne dépassait (environ dix fois), s’est échiné en une dernière ultime retouche précédant l’ultime retouche en me demandant chaque fois si j’étais satisfait. Oui mon gars, tellement que je lui laisse 50 dirhams.

–          Gardez la monnaie.

–          Non, on avait dit 20 dirhams.

–          J’insiste. Je dois vraiment y aller.

–          Je peux vous raser en cinq minutes.

Bordel ! On transige finalement à 30 dirhams la coupe. En retard pour la discussion, je reçois les félicitations unanimes de mes comparses. Dédicace à toi Ali, tu es meilleur que Fabio Salsa (et bien moins cher).

Je rencontrerai Ali à la médina le mardi précédant mon départ pour Casablanca. Il insistera pour qu’on prenne un verre, juste cinq minutes.

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6 Responses to ““In Western countries, you have the clock. We have the time” (Arabic proverb)”

  1. Eric Lamy Says:

    Trop drôle !

  2. kobi Says:

    No photo of your new hair cut?

  3. Tam Says:

    C’est peut être aussi de ta faute Mabrouck si 5 minutes passées avec toi donnent envie à tout un chacun de les prolonger en 5 autres minutes et bis répétita ???

    Bref, très bon texte comme à l’accoutumée mais là mon com est provoqué par la vision de la photo dont je suis tombée douloureusement sous le charme ! T’es super beau Mabrouck, ça te va vraiment bien, garde cette coupe et remercie Ali pour moi

    Des bises

    Tam

  4. Hafida Says:

    Le plus beau pays du monde avec les meilleurs coiffeurs du monde….

  5. Kadou Says:

    Que serait-il arrivé si le match aurait été “Paris-Marseille” ??? Dédicasse à Ali coiffeur-raseur-épileur de moutons!!!!

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